Les exportations d'occasions vers l'Afrique doivent être réglementées

Les pays africains concentrent le gros des exportations de vieux véhicules d'occasion réalisés par l'Europe, les Etats-Unis et le Japon

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) s'inquiète des effets liés à l'exportation de véhicules d'occasion, notamment de l'Europe vers l'Afrique, sur la pollution atmosphérique.

Dans un rapport édité le 26 octobre 2020, intitulé « Les véhicules d'occasion et l'environnement - Un aperçu global des véhicules utilitaires légers d'occasion : débit, échelle et réglementation », le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a analysé les flux de véhicules d’occasion dans le monde. Selon l’organisation, des millions de voitures, fourgonnettes et minibus d'occasion de piètre qualité sont exportées depuis l’Europe, les États-Unis et le Japon vers les pays en développement. Dans son rapport, elle estime que 14 millions de véhicules légers d’occasion ont ainsi voyagé dans le monde sur la période de 2015 à 2018. Environ 80 % de ces exportations ont été effectuées vers des pays à faible ou à moyen revenu. Ce sont les pays africains qui ont importé le plus grand nombre de ces véhicules d'occasion (40 %) au cours de la période étudiée, suivis par les pays d'Europe de l'Est (24 %), d'Asie-Pacifique (15 %), du Moyen-Orient (12 %) et d'Amérique latine (9 %).

L'Union européenne a exporté environ 7,5 millions de véhicules d'occasion vers des pays extérieurs (3,9 millions pour le Japon et 2,6 millions pour les Etats-Unis), principalement vers l'Afrique de l'Ouest et le bloc EOCAC (Europe de l'Est, Caucase et Asie centrale). Sur le seul exercice 2018, l'UE a exporté un peu plus d'un million de véhicules légers d'occasion vers l'Afrique (sur un total d'environ 1,5 million de véhicules importés en Afrique cette année-là). Selon l’organisation, tous ces flux « contribuent de manière significative à la pollution atmosphérique et entrave les efforts visant à atténuer les effets du changement climatique ». Le constat n’est pas nouveau. Cela fait déjà des années qu’il est reproché aux pays occidentaux, le Vieux Continent en tête, de « se servir de l’Afrique comme dépotoir ». Ceux-ci profitent des réglementations très souples en vigueur dans bon nombre de pays africains importateurs. 
 

Des politiques trop faibles en matière de réglementation

 Image removed.Les pays africains concentrent le gros des exportations de vieux véhicules d'occasion réalisés par l'Europe, les Etats-Unis et le Japon

« L'assainissement du parc automobile mondial est une priorité pour atteindre les objectifs mondiaux et locaux en matière de qualité de l'air et de climat, affirme Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. Au fil des ans, les pays développés ont exporté de plus en plus de véhicules d'occasion vers les pays en développement. Comme cela se produit en grande partie sans réglementation, cette exportation est devenue celle de véhicules polluants. » Le rapport, qui a passé au crible 146 pays dans le monde, a constaté que deux tiers d'entre eux ont des politiques « faibles », voire « très faibles » pour la réglementation de l'importation des véhicules d'occasion. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) réclame ainsi l’adoption de mesures « afin de combler le vide politique actuel et de normes de qualité minimales harmonisées qui garantiront que les véhicules d’occasion contribuent à des parcs de véhicules plus propres et plus sûrs dans les pays importateurs ».

Encore 30 pays sur le continent africain n'appliquent aucune limite d'âge pour l'importation des véhicules d'occasion. Le rapport s’attache à démontrer que, lorsque les pays mettent en œuvre des mesures pour régir l'importation de VO, via notamment des normes d'ancienneté et d'émissions, celles-ci leur permettent d'accéder à des modèles de bonne qualité, y compris des voitures hybrides et électriques, à des prix abordables. Par exemple, le Maroc, qui autorise uniquement l'importation de véhicules de moins de 5 ans répondant à la norme européenne d'émission Euro 4, n’accueille donc d'Europe que des véhicules d'occasion « relativement perfectionnés et propres »

En mai dernier, le Ghana a promulgué une loi interdisant l’importation des véhicules de plus de 10 ans. « Les effets des véhicules anciens polluants est évident. Les données sur la qualité de l'air à Accra confirment que le transport est la principale source de pollution atmosphérique dans nos villes. C'est pourquoi le Ghana donne la priorité aux carburants et aux normes de véhicules plus propres, ainsi qu'aux possibilités de bus électriques », a déclaré le professeur Kwabena Frimpong-Boateng, ministre ghanéen de l'Environnement, des Sciences, des Technologies et de l'Innovation. Depuis 2018, la Côte d’Ivoire n’accepte plus sur son territoire que les occasions âgées de 5 ans et plus (7 ans et plus pour les camionnettes et minicars), tandis que l’Algérie pourrait autoriser prochainement l’importation de voitures de moins de 3 ans. 
 

Quels sont les pays qui exportent le plus de véhicules d’occasion ?

 Image removed.En France, la plupart des voitures d'occasion sont exportées depuis le port du Havre

L'Allemagne est le plus grand pourvoyeur de véhicules d'occasion vers des pays hors UE, avec plus de la moitié (53 %) des exportations totales en 2016. Le Royaume-Uni occupe la deuxième place, avec une part de 13 % (Eurostat, 2017). Les Pays-Bas, par l’intermédiaire de leurs ports, constituent un autre exportateur important de véhicules d'occasion en provenance d'Europe. Une étude récente menée par les Pays-Bas a révélé que la plupart de ces véhicules ne possédaient pas de certificat de contrôle technique valide au moment de l'exportation. La plupart étaient âgés de 16 à 20 ans et en dessous des normes d'émission Euro 4 de l'Union européenne pour les véhicules. Par exemple, l’âge moyen des véhicules d'occasion exportés vers la Gambie était proche de 19 ans, tandis qu'un quart de ceux expédiés vers le Nigeria affichaient presque 20 ans. 

« Ces résultats montrent qu'il est urgent de prendre des mesures pour améliorer la qualité des véhicules d'occasion exportés d'Europe. Les Pays-Bas ne peuvent pas s'attaquer seuls à ce problème. C'est pourquoi j'en appelle à une approche européenne coordonnée et à une coopération étroite entre les gouvernements européens et africains, afin de garantir que l’UE n'exporte que des véhicules adaptés à leur destination et conformes aux normes fixées par les pays importateurs », a déclaré Stientje Van Veldhoven, ministre néerlandaise de l'Environnement. 
 

Baisse des exportions d’occasions de la France vers l’Afrique

En France, selon les chiffres des douanes que L’argus a compilés depuis le site douane.gouv.fr, ce sont 11 503 véhicules d’occasion qui ont été exportés vers l’Afrique en 2019 (– 7,6 % par rapport à 2018), dont 7 083 équipés d’un moteur diesel et 4 406 d’un moteur à essence. 

Enfin, le rapport rappelle que les véhicules d'occasion de mauvaise qualité entraînent également une augmentation du nombre d'accidents de la route. De nombreux pays ayant une réglementation « très faible » ou « faible » sur les VO, comme le Malawi, le Nigeria, le Zimbabwe et le Burundi, affichent également un taux de mortalité routière très élevé.

 

Source: www.largus.fr

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